Le Lien

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Au sein de l’intercommunale IMAJE (Intercommunale des modes d'accueil pour jeunes enfants), un service appelé Le Lien. A côté des crèches et autres lieux d’accueil extrascolaire plus traditionnels que pilote l’intercommunale, le Lien s’attache à une problématique particulière : les relations parfois difficiles entre les parents et leurs tout jeunes enfants.

La découverte d’un handicap chez un enfant, la situation de déprime post partum d’une mère, le jeune âge des parents, leur déficit mental… autant de situations qui peuvent avoir des conséquences néfastes sur la relation en construction entre le nourrisson et ses parents. La question de leur accompagnement s’est posée avec acuité au service de garde d’enfants malades de l’intercommunale namuroise, sollicité par le Centre hospitalier régional pour accompagner des parents et de jeunes nourrissons, de retour à la maison. En réponse, naît Le lien courant février 1999. Une petite dizaine de puéricultrices compose le service. Un travail relationnel dans la toute petite enfance est ainsi entamé. Une forme de tremplin aux parents pour se réapproprier leurs compétences.

Au rythme de la vie quotidienne de la famille

Le service Le Lien mise sur une forme de compagnonnage des parents : « le faire avec ». Sans fournir un mode d’emploi détaillé, la présence d’une puéricultrice durant quelques heures, une matinée, une après-midi à la maison aidera à réapprendre, à découvrir, à gérer les gestes quotidiens. Concrètement, la puéricultrice se rend au domicile des parents deux à trois fois par semaine. « La prestation dure une demi-journée ». Demi-journée qui se déroulera au rythme de la vie quotidienne de la famille. Le bain, les repas, une promenade, un jeu…

Dans un mémoire de licence en psychologie réalisé à l’Université de Liège sous le pilotage du professeur M. Born, la mémorante, France Henry a participé à la mesure de l’efficacité du service. Elle y décrit les interventions des puéricultrices qu’elle a observées sur le terrain: « Concrètement leur travail comprend plusieurs aspects. Premièrement, elles informent, donnent des conseils sur la manière adéquate de prendre soin de l’enfant et soutiennent la mère dans l’application dans la vie quotidienne de ces recommandations et techniques. Il s’agit par exemple d’aider la mère à identifier les besoins de l’enfant et à y répondre adéquatement, intervenir dans la préparation des repas ou coopérer avec la mère pour donner le bain. Elles donnent également des repères pour l’éducation et les limites à mettre à l’enfant.

D’autre part, la puéricultrice permet également un relais efficace vers d’autres institutions ou services qui pourraient venir en aide à la famille et dont celle-ci n’a pas connaissance. Ensuite, par l’intermédiaire d’interactions ludiques auxquelles sont conviés tant l’enfant que la mère, une ambiance chaleureuse s’installe et la mère pose un regard différent sur l’enfant. Voir son bébé jouer, rire, répondre aux stimulations de la puéricultrice peut faire évoluer chez la maman les représentations parfois négatives qu’elle entretient sur celui-ci. Les activités ont également pour objectif de développer les compétences de l’enfant. Les activités peuvent être des bricolages, de la pâte à sel, des cubes, de la peinture, du dessin, des jeux de société et même des activités à l’extérieur.

Pour finir, les puéricultrices ont également un rôle de soutien auprès d’une mère parfois fort isolée. Un temps de la visite est consacré aux échanges, à la discussion. »

Tout ce concret s’inscrit dans une dimension affective, émotionnelle de l’intervention des puéricultrices, indique la coordinatrice de l’équipe, un véritable investissement auprès de la famille.

Tracas relationnel avec un tout petit

Les familles où intervient le service font face à des problématiques diverses. Toutes, cependant, ont un ou plusieurs enfants âgés entre 0 et 6 ans ; toutes ont du mal à veiller à son bien-être. Ce sont les circonstances qui sont spécifiques à chacune. Un accouchement prématuré a engendré des troubles relationnels entre la mère et son enfant. La maman doit faire face à une dépression post-partum. Les parents sont d’une grande fragilité émotionnelle pour cause de toxicomanie, de troubles psychiatriques, de difficultés financières…. Les parents sont maltraitants ou gravement négligents. Les parents ou l’enfant présentent un handicap.

Le service le rappelle en évoquant sa philosophie de travail, le but premier est de « tenter d’aider la famille à évoluer et à rejoindre un équilibre qui respecte les besoins de l’enfant en vue d’éviter une dégradation de son état psychique, de son état physique, voir son placement. » « Nous pensons, explique-t-il, que lorsqu’une famille vit une difficulté, si on ne permet pas de la partager, de la déposer, de la travailler, on risque d’en arriver à ne plus voir ce qui se passe et ainsi, soit à nier le problème (l’enfant reste avec), soit à l’amplifier (placement de l’enfant) ». Le Lien se pense par conséquent comme un outil de prévention. L’équipe se base sur le constat établi par des spécialistes que « les trois premières années de la vie sont primordiales pour l’évolution psychique de l’enfant ». Elle travaille « l’accompagnement dans le sens d’un évitement d’une détérioration parfois irréversible du lien parent-enfant ».

Intervenants médicaux, intervenants sociaux font appel

Intervenants en prénatal, services de néo-natals dans les hôpitaux, One, Cpas, médecins traitants, service d’aide à la jeunesse ou de protection judiciaire, sonnent à la porte du Lien. En effet, la majorité des prises en charge du service sera sollicitée par un tiers. Un intervenant tiers avec lequel Le lien établira une convention, qui sera le témoin du contrat passé avec la famille. Pour les responsables du service, ce tiers est indispensable. Il formulera les raisons de son interpellation, aidera à cadrer la demande. Il permettra surtout une triangulation, chère aux yeux des responsables du service. « Le tiers sera tantôt protecteur, tantôt cadrant, tantôt rassurant, tantôt contenant, comme nous dans les familles mais à un niveau différent ».
Ce tiers sera tenu au courant de l’évolution de la situation. La psychologue et l’assistante sociale du service sur base des observations des puéricultrices consignées tout au long de la prise en charge, rédigeront un rapport qui lui sera transmis. Une évaluation est programmée tous les deux ou trois mois. En cas de problème sérieux avec la famille, un rapport d’urgence peut être rédigé et transmis à l’autorité concernée. Cela en toute transparence, insiste Sylvie Courtoy coordinatrice du service. « Tout ce que l’on fait, on le dit. Le rapport quel qu’il soit n’est jamais que ce qui a été discuté avec la famille ».
Retrouvez la présentation complète du Service "Le Lien" dans le cahier Labiso n°53.